22/08/2007

Porcupine Tree - Fear Of A Blank Planet

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Plutôt que de me lancer dans la rédaction de mon avis personnel sur ce qui est l'événement musical rock de cette année, je vous propose de consulter cette excellente chronique rédigée par Sébastien dans le fanzine français Your Majesty (consacré au groupe de metal progressif Dream Theater) et de suivre ses conseils !

"Il est vraiment plaisant pour un mélomane de regarder l’évolution de Porcupine Tree et sa capacité à sortir des albums qui élèvent le niveau, l’un après l’autre. Tout d’abord prête-nom à des compositions et instrumentations électroniques et psychédéliques, mais purement solistes de Steven Wilson, celui-ci a su peu à peu transformer Porcupine Tree en un véritable effort de groupe, ce qui n’a jamais été aussi vrai que sur ce nouvel album. En effet, même si Wilson reste le compositeur principal, le fait d’avoir joué l’intégralité de ce nouvel album sur scène, avant de l’enregistrer, a permis à chaque membre du groupe de trouver les meilleurs arrangements pour ses parties, et d’arriver à une symbiose rarissime. Ce processus, que très peu de groupes oseraient mettre en œuvre de nos jours, rappelle pourtant celui de bien des grands groupes rock de la période faste et prolifique des années 70.

En outre, Steven Wilson s’est fait connaître dans le monde du metal à l’occasion de ses activités de producteur et de mixeur pour Opeth, sans cacher son admiration pour Meshuggah. Artiste plus généralement sensible à un très grand panel de sources d’inspiration (pas seulement musique, mais aussi cinéma et littérature), le metal est venu assez logiquement faire son apparition dans les compositions de Porcupine Tree à partir de l’album In Absentia, sous forme de riffs bien plus musclés et d’éclairs de puissance jusqu’alors inédits chez le groupe. Néanmoins, on pouvait, en faisant la fine bouche, reprocher une intégration parfois partielle, et en tout cas, en devenir, de ces nouvelles influences. Ce n’est plus cas sur "Fear Of A Blank Planet" (FOABP), qui signe un aboutissement dans la phase de digestion de toutes les découvertes et expériences de Wilson.

FOABP est ainsi une déclaration artistique imposante, dont la pertinence n’a d’égale que sa rareté dans l’histoire du rock. Ce n’est pas seulement l’extrême cohérence et nécessité des 50 minutes qui composent cet album, mais aussi toute l’inspiration lyrique du thème de l’album qui en fait d’ores et déjà une œuvre essentielle. La grande désillusion pour Wilson qu’est le rapport qu’entretiennent les jeunes avec la culture et avec la musique en particulier l’a conduit à mettre en musique des textes qui flirtent littéralement avec l’inspiration d’un Roger Waters, tout simplement. Même émotion, même intelligence sensible du propos, même sublimation de thèmes sombres et émouvants.

Musicalement, Porcupine Tree est désormais une des figures de proue des groupes de rock postmodernes ; la filiation avec les grands, en particulier Pink Floyd et King Crimson, est évidente (surtout dans l’effort de création), mais le résultat produit transcende la somme des influences de Steven Wilson, tellement celui-ci met un point d’honneur à ne pas se répéter et à proposer quelque chose de nouveau. Quand Wilson déclare avoir abordé le titre « Sleep Together » comme un morceau de Nine Inch Nails avec John Bonham à la batterie et produit par Massive Attack, il y a de quoi rester pantois car si on reconnaît bien cette feuille de route une fois énoncée, la créativité résultante dépasse bien entendu largement l’application d’une formule. L’orchestration des cordes sur ce titre est notamment d’une maestria confondante, concluant l’album dans une apogée dramatique jamais atteinte chez Porcupine Tree. De plus, Wilson met toute sa science de la production au service de la thématique sensorielle explorée ; l’état d’hypnotisation de l’enfant sur la pochette de l’album est ainsi parfaitement rendu.

Wilson n’est évidemment pas seul à créditer, l’effort de groupe n’ayant jamais été aussi sensible comme on l’a déjà évoqué. En particulier, on ne peut pas ignorer l’importance grandissante du batteur Gavin Harrison, dont le jeu tentaculaire, groovy en diable, et au goût très sûr, peut évoquer le croisement de Bill Bruford, John Bonham, et Phil Collins ; Harrison étant en outre aussi indispensable à la personnalité de FOABP que l’étaient les batteurs pré-cités aux chefs-d’œuvre des groupes auxquels ils ont appartenu. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter ne serait que le morceau-somme « Anesthetize » de près de 18mn, autour duquel l’album s’articule.

FOABP mérite de figurer dans toute discothèque de passionné de musique rock. Cette critique ne s’adresse pas aux connaisseurs de Porcupine Tree, mais à ceux d’entre vous qui n’auraient pas encore écouté ou pas réussi à apprécier le groupe jusqu’à présent. Le message est simple : des œuvres de cette trempe, il n’y en a vraiment pas souvent. Alors accordez-lui une chance, celle de votre attention soutenue. La récompense pourrait en être à la hauteur !"

Sébastien Demay